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Page 1 sur 4 Le 2 avril dernier, dans la suite des Conférences Notre-Dame de Québec,
monsieur l'abbé Paul Tremblay a proposé cette réflexion sur la foi
telle qu'elle est vécue chez nous actuellement et il a indiqué des
pistes pour rompre un trop lourd silence et redevenir capables de
parler avec Dieu et de se parler de Dieu les uns les
autres.
M.B.
Ce titre peut s'interpréter de deux manières, fort différentes. On peut d'abord se demander, en pensant aux prédicateurs dans les églises et aux catéchètes dans les classes, comment peu vent-ils trouver les mots pour dire la foi chrétienne, de manière accessible, dynamique et convaincante, aux enfants, aux adolescents et aux adultes un peu "mêlés" que nous sommes? Le titre pointe dans une deuxième direction. Il évoque une autre réalité, beaucoup plus profonde, qui nous concerne toutes et tous, croyantes et croyants. Il renvoie à la difficulté intérieure que chacun éprouve lorsqu'il s'agit de dire sa foi: les mots ne viennent pas. Nous avons de la difficulté à trouver les mots pour habiller notre foi. Sans compter que bien des croyants ont l'impression de n'avoir rien à dire sur leur foi. Ou ils ne veulent pas en parler. Ou ils se sentent mal à l'aise de parler d'une réalité fuyante, incertaine, vacillante.
Pourquoi ce malaise à parler de sa foi? Comment trouver les mots pour exprimer sa foi ou son peu de foi? Comment faire parler sa foi? Voilà la direction que je propose à notre réflexion.
Le contraire d'une foi active, productive, c'est la foi morte (Jc 2,17). Aussi grave que la foi morte, il y a la foi muette, la foi qui n'a pas de voix, qui n'a rien à dire, pire, qui ne dit plus rien. C'est un malaise ou un mal de répandu.plus en plus
Je ne parle pas de la foi silencieuse. En ce pays, traditionnellement, la foi a été silencieuse. Pour bien des raisons. La parole sur la foi a été largement le monopole du clergé, des religieux, des religieuses. Nous serions, d'après Gilles Vigneault, "gens de parole et gens de causerie"; mais nous sommes aussi fils et filles de l'hiver, gens de silence et de peu de mots. Dans notre pays, les gens se sont tus, notamment sur leur foi. Celle-ci n'était pas très causeuse, mais
elle était porteuse. Elle portait le témoignage. Le témoignage, aime-t-on souligner, c'est un long attachement à être, à vivre certai_nes valeurs et quelques instants brefs où l'on s'explique sur sa motivation. Leur foi parlait à
travers leur témoignage de vie, à travers la prière, à travers les principes moraux.
1'1\(;1 ;"-;() . PASTORALE QUÉBEC. 22 NOVEMBRE 1 ()()')
Je ne veux pas parler non plus de cette hésitation compréhensible à aborder la question de ses convictions profondes. C'est normal, les gens n'aiment pas s'étaler en public! Je veux parler d'un autre genre de silence sur la foi, un silence embarrassé, un silence malaisé, parfois un silence vide. Je pense à la foi qui n'ose plus se dire, parce qu'elle a si peu à dire ou qu'elle n'a plus rien à dire. La foi qui ne suscite rien à l'intérieur, et qui, donc, ne ressuscite rien. La foi qui a peut-être encore les formes et les apparences, mais qui n'a plus de sève intérieure. Quand la sève ne monte plus... comment voulez vous qu'il y ait des mots et des feuilles, des oeuvres et des fruits ?
"Ma foi ne me dit plus rien." C'est un aveu que certains se font à eux-mêmes secrètement, que d'autres n'hésitent pas à faire ouvertement. Qu'il suffise de penser aux études récentes de Jacques Grand'Maison sur le vécu humain et religieux des diverses générations de Québécois. Je ne citerai que ce témoignage d'une femme de trente-neuf ans, témoignage typique d'une génération: "On a balayé toute notre histoire, on n'a pas digéré les nombreux change ments. On est plus sûrs de rien. On cherche des fondements plus valables, mais quoi, où, comment? La morale, la religion, c'est loin de nous. Notre vie était pleine comme un oeuf. Puis, aujourd'hui, tu commences à sentir un vide immense."
À certains jours, ce genre d'aveu peut monter aussi en nous, comme une ma rée froide. Pourquoi le cacher? Jérémie, le prophète, ne dit-il pas un jour à son Dieu: " Tu es devenu pour moi comme une source trompeuse au débit capricieux" (15,17). Elie, le plus grand des prophètes, qui avait menacé son pays de la sécheresse, se retrouve lui-même un jour totalement à sec, déprimé, suicidaire. "Je n'en peux plus! Maintenant, Seigneur, prends ma vie" (1 R 19,4).
Il faut cependant chercher plus loin les causes de ce malaise. Quand une personne perd la parole, à la suite d'un traumatisme psychologique ou neurologique, quand une personne âgée commence à perdre la mémoire, alors on devine que le trouble est profond: trouble des neurones d'où origine la parole, maladie d'Alzeimer, trouble de l'appartenance, trouble de la solitude, troubles affectifs. Quand la foi elle même devient aphasique, quand le croyant ne trouve plus ses mots, il faut probablement voir là le symptôme de troubles sérieux de l'appartenance, de la mémoire, de la solitude, de l'affectivité.
Comment expliquer ce silence, cette perte de mots, cette perte du sens? Il n'est pas possible de renvoyer tout le blâme aux seuls individus. La foi naît toujours d'une liberté, certes, mais cette liberté est en partie façonnée par la culture ambiante. L'Évangile, c'est une langue; moins elle est parlée autour de soi, moins on la pratique soi-même, moins les mots viennent aisément. Au Québec, la langue de l'Évangile est une langue de moins en moins parlée, de moins en moins apprise au foyer, de moins en moins comprise. Pas étonnant que le silence s'étende comme un mauvais brouillard.
Comment trouver ou retrouver, au coeur des gens de ce pays, les sources de la parole? Je vous invite à chercher les mécanismes subtils qui font parler la foi, à repérer les nourritures affectives qui alimentent la parole et la foi. Je vais indiquer quatre lieux-source, qu'il convient de prospecter et d'explorer, pour que jaillisse la parole, une parole personnelle, capable d'engendrer un dialogue avec l'autre Parole, celle qui s'entend dans la Bible et l'Évangile.
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