Journées sociales du Québec
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Ecrit par Webmestre   
24-10-2006

Au milieu du siècle dernier, le Québec a connu les Journées sociales du Canada. Une équipe nationale  proposait,  chaque année, l’étude d’un thème social,  faisant appel à une brochette de spécialistes, et s’adressant à une certaine élite du temps. Plusieurs de leurs réflexions ont influencé l’agenda des  politiciens  mais très peu l’ensemble de la population qui vivait trop souvent de la pauvreté. Cette initiative disparut à l’aube de la révolution tranquille.

 

En 1971, un vaste congrès soulignait le centenaire de « Rerum novarum » (Des choses nouvelles), qui avait inscrit la question sociale au cœur de l’expérience chrétienne. Au terme de cette rencontre, un groupe décida de donner des suites aux réflexions amorcées mais avec une perspective différente des défuntes Journées sociales du Canada.. On décida de proposer à tous ceux et toutes celles qui, dans les diverses régions du Québec, travaillaient à plus de justice sociale de se rencontrer, à tous les deux ans, autour d’une question sociale, pour échanger sur leurs pratiques en cours et profiter ainsi de l’expertise de plus de gens possible. Il s’agissait donc de rassembler des membres de réseaux existants dans les diverses régions et d’élaborer peu à peu  une sorte de conscience commune des enjeux en cours. Les personnes pouvaient ensuite retourner dans leurs réseaux respectifs et faire avancer les questions qu’elles portaient et partageaient avec d’autres. Afin de tenir compte des expertises régionales, il fut aussi décidé de tenir la rencontre nationale dans les différentes régions du  Québec, leur donnant ainsi l’occasion de se faire connaître et apprécier.

Ces efforts ont donné les coopératives agricoles, forestières, de consommateurs. Ils ont mis sur pied des syndicats et des mutuelles de crédit. Sans parler de l’ouverture de nouveaux territoires, dont le Saguenay et l’Abitibi, dans l’espoir que les chômeurs des villes et les villages puissent être propriétaires. Parallèlement, plusieurs ont mis sur pied des infrastructures hospitalières et sociales qui ont quadrillé les régions. Toutes ces initiatives  s’appuyaient sur une organisation ecclésiale qui, assez rapidement, a pris goût au pouvoir. Elles ont ainsi retardé la prise en charge par l’État de ses responsabilités collectives et cultivé dans les esprits une mentalité où l’obéissance à l’autorité l’emportait sur la liberté de conscience.


2. Malgré tout, plusieurs de ces efforts ont préparé le terreau de ce qui deviendra la « révolution tranquille ». Un grand nombre a donc spontanément travaillé à la mise en place des nouvelles structures collectives en éducation, en hospitalisation, en services sociaux et lutté contre l’infériorité économique de la majorité. D’autres, sous la poussée de Vatican II, ont mis beaucoup d’énergie à renouveler le langage de la foi (liturgie et catéchèse), mais sans pouvoir changer les structures ecclésiales . Ces deux champs d’initiatives n’ont pas été hermétiques l’un à l’autre mais ils ont accrédité la perspective  d’une division des pouvoirs : désormais, l’État s’occupait de la société et l’Église de la sphère spirituelle. Cette clarté apparente a laissé sur leur faim de nombreux croyants qui voyaient dans le renouveau collectif des enjeux spirituels mais qui ne trouvèrent pas de lieux pour en débattre et pour étoffer des bribes de cheminement spirituel qui se faisaient jour. L’intervention du Cardinal Léger, en 1950, auprès des dirigeants d’action catholique,  est significative de ce grand malentendu.  Alors que les mouvements voulaient collaborer aux réformes des structures en cours, le Cardinal le leur défendit, les exhortant à l’obéissance à l’autorité religieuse et à se faire plutôt les témoins d’une morale traditionnelle, faite de modestie dans les vêtements et de bonnes mœurs familiales.


3. À la fin de la « révolution tranquille », on constata que plusieurs avaient quitté une Église  qui s’était repliée sur elle-même et qu’une majorité se contentait de trouver une niche dans le « confort et l’indifférence » d’un monde de la consommation et de la foi dans le « marché ». Les forces vives investirent dans le féminisme et l’action communautaire, d’autres dans le syndicalisme, mais sans grande préoccupation pour le spirituel enfermé dans les églises. Le malentendu était devenu un écart de plus en plus profond.


4. Ces dernières années, une perception plus vive de la complexité des choses s’est manifestée dans une nouvelle sensibilité à l’environnement.. La solidarité internationale s’est aussi manifestée à plusieurs occasions, nouveaux lieux pour plusieurs d’un aventure spirituelle. Plus précisément, nous assistons à un désir multiforme de participation aux décisions dans tous les domaines. Ainsi se cherchent de nouvelles formes de démocratie plus participative, de citoyenneté active au niveau des quartiers et des régions, autour de projets intégrés de développement local , voire de nouvelles façons de faire de la politique. Plusieurs d’entre nous sont partie prenante de ces initiatives qui sont autant de questions ouvertes sur notre avenir commun. Au cœur de ces solidarités, nombreux et nombreuses sont ceux qui voient se dessiner des chemins spirituels. Ils le font souvent avec ceux et celles qui n’ont pas voix au chapitre, cherchant  à libérer une parole qui « travaille » celui ou celle qui l’accepte dans sa chair et qui creuse un désir qui vient d’ailleurs, irrépressible, dérangeant, ouvrant pourtant de nouveaux chemins au cœur de cette humanité qui nous est commune et qui, pour nous, est lourde d’une Présence. Saurons-nous sauver cette voie spirituelle ? Saurons-nous travailler à la rendre crédible ? Débloquer l’avenir, c’est peut-être aussi débloquer la spiritualité, cette sève qui donne vie à nos fragiles engagements.

 


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